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Berlin et son histoire du cabaret

Berlin et son histoire du cabaret

Le cabaret à Berlin a connu son âge d'or dans les années 1920, sous la République de Weimar : satire politique, chansons, danse et liberté de mœurs dans des centaines de salles. Brisé par les nazis, il a laissé une légende entretenue par le cinéma et une tradition que la ville fait revivre.

Dans les années 1920, sous la République de Weimar, Berlin était la capitale européenne du cabaret. Satire politique, chansons, danse et liberté de mœurs s'y mêlaient dans des centaines de salles.

L'âge d'or

Les cabarets berlinois mêlaient musique, sketches et critique du pouvoir. Marlene Dietrich, révélée au cinéma par « L'Ange bleu » en 1930, reste la figure la plus connue de cette époque.

Derrière elle, toute une génération faisait vivre ces scènes. Le compositeur Friedrich Hollaender écrivait des chansons pour les revues et pour le cinéma, dont celles de « L'Ange bleu », réalisé par Josef von Sternberg. La chanteuse Claire Waldoff, au franc-parler berlinois, était l'une des vedettes les plus populaires de la ville. Des écrivains comme Kurt Tucholsky ou Erich Kästner fournissaient des textes mordants, où l'on se moquait des militaires, des bourgeois et des politiciens.

Kabarett, revue et nuits berlinoises

Le mot recouvrait des réalités différentes. Le Kabarett au sens strict reposait sur la satire et la chanson à texte, dans de petites salles où le public venait écouter autant que rire. Les grandes revues, elles, misaient sur le spectacle : décors, lignes de danseuses, costumes. Autour gravitaient des clubs de nuit plus libres, où se retrouvaient artistes, homosexuels, travestis et noctambules de toute la ville : la danseuse Anita Berber, provocatrice et célèbre, incarne cette part la plus sulfureuse de la légende.

La fin brutale

L'arrivée des nazis au pouvoir en 1933 a mis fin à cette effervescence : censure, fermetures et exil de nombreux artistes.

Beaucoup d'artistes juifs ou opposés au régime ont dû fuir, vers Paris, Londres, puis souvent les États-Unis ; Friedrich Hollaender a poursuivi sa carrière à Hollywood. D'autres ont été arrêtés ou ont disparu dans les camps. Les clubs homosexuels ont été fermés, et la satire politique a été réduite au silence. Marlene Dietrich, partie travailler aux États-Unis, a refusé de revenir tourner pour le régime.

Dans la culture populaire

Le film « Cabaret », sorti en 1972 et tiré des récits de Christopher Isherwood, a fixé dans l'imaginaire mondial le Berlin des années 1930.

Réalisé par Bob Fosse, avec Liza Minnelli dans le rôle de Sally Bowles, le film s'inspire d'une comédie musicale de Broadway, elle-même adaptée des récits berlinois d'Isherwood, qui avait vécu dans la ville au début des années 1930. Son Kit Kat Klub, enfumé et ironique, mêle la fête et la montée de la menace nazie. Plus récemment, la série allemande « Babylon Berlin » a remis au goût du jour l'atmosphère des nuits de Weimar, avec ses clubs, ses danseurs et ses intrigues politiques.

Aujourd'hui

Berlin a renoué avec la tradition : revues, spectacles de variétés et soirées burlesques se jouent dans plusieurs salles, et certaines ont gardé le décor d'époque.

Le Wintergarten Varieté perpétue le music-hall à l'ancienne, la Bar jeder Vernunft accueille chanteurs et cabaret sous un chapiteau à miroirs, et le Chamäleon, dans les Hackesche Höfe, mise sur le cirque contemporain. Le cabaret satirique au sens allemand reste vivant lui aussi, souvent en allemand, ce qui demande un bon niveau de langue pour en saisir l'humour. Pour prolonger la soirée, les adresses berlinoises de bars, clubs et biergarten donnent des idées, et l'histoire du rock'n'roll, de Memphis à Berlin, raconte la suite musicale de la ville.

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