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La chanson du jour : To Bring You My Love, de PJ Harvey

La chanson du jour : To Bring You My Love, de PJ Harvey

« To Bring You My Love » est la chanson qui ouvre et nomme le troisième album de PJ Harvey, paru en 1995 : un blues électrique lent, presque immobile, porté par une voix grave qui semble prêcher. Le morceau marque un tournant, celui d'une artiste qui délaisse le rock brut de ses débuts pour une forme plus théâtrale.

« To Bring You My Love » est le morceau-titre du troisième album de la chanteuse anglaise PJ Harvey, sorti en 1995. Il ouvre un disque sombre et intense, souvent cité parmi les meilleurs de la décennie.

Une voix habitée

PJ Harvey y déploie une voix grave, presque incantatoire, sur un blues électrique lent et menaçant.

La guitare répète un motif lourd, l'orgue installe une nappe inquiétante, et la chanteuse prend son temps : chaque phrase arrive après un silence, comme une confession arrachée. Le texte raconte une quête amoureuse qui prend des allures de pèlerinage, avec des images bibliques et désertiques. Les premiers vers font d'ailleurs écho à un morceau de Captain Beefheart, l'un des musiciens que PJ Harvey cite volontiers parmi ses influences.

Une artiste singulière

Originaire du Dorset, en Angleterre, Polly Jean Harvey a construit une œuvre exigeante, loin des modes, qui lui a valu une reconnaissance critique rare.

Selon le palmarès officiel du Mercury Prize, elle est l'une des rares artistes à avoir remporté deux fois cette récompense britannique, avec Stories from the City, Stories from the Sea en 2001 puis Let England Shake en 2011. To Bring You My Love figurait déjà parmi les albums sélectionnés pour ce prix l'année de sa sortie.

Le blues revisité

L'album puise dans le blues et le gospel pour en tirer quelque chose de très personnel et théâtral.

Le disque est produit par PJ Harvey avec Flood et son complice de longue date John Parish. Après le trio guitare-basse-batterie des premiers albums, le son s'élargit : orgues, cordes, percussions sèches et espaces vides donnent aux morceaux une profondeur de film noir. Le single « Down by the Water », plus accessible, fait découvrir l'album à un large public grâce à son clip où la chanteuse apparaît en robe rouge, maquillée comme une héroïne de mélodrame.

Un nouveau personnage sur scène

Avec ce disque, PJ Harvey change d'image. Elle qui se présentait en jean et en noir adopte sur scène des robes de soirée, un maquillage appuyé et une gestuelle de chanteuse de cabaret. Ce personnage n'est pas un déguisement gratuit : il sert des chansons qui parlent de désir, de foi et de violence, et il permet à l'artiste de garder une distance avec ce qu'elle chante. Les critiques y voient souvent le moment où elle devient une interprète autant qu'une auteure.

Une longue carrière

Depuis ses débuts au début des années 1990, PJ Harvey n'a cessé de se renouveler, d'album en album, entre rock brut, folk et textes engagés.

Ceux qui aiment les voix féminines puissantes et hors norme poursuivront avec Smack Jack de Nina Hagen, et ceux que le blues désertique attire écouteront Dead in Love, des Desert Sessions.

À écouter

À découvrir de préférence en entier, d'une traite, et fort.

L'album se prête mal à l'écoute en fond sonore : ses silences et ses montées lentes demandent de l'attention, un bon casque ou une platine. D'autres morceaux sont réunis dans la playlist berlinoise des chansons rock.

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